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L'association réseau DES FRANCE > Notre marraine : Marie Darrieussecq

Présentation de notre marraine
Bibliographie de Marie Darrieussecq
Préface de "Distilbène, des mots sur un scandale"
Chroniques pour Réseau D.E.S. France
Média et DES
Art contemporain et médicaments...

Notre marraine : Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq ©Hélène Bamberger / P.O.L

L’écrivaine Marie Darrieussecq a accepté d’être la marraine de notre association.

Elle-même "fille DES", elle engage sa notoriété pour faire connaitre les conséquences de l’exposition in utero au Distilbène®, et l’association.

En 2009, elle nous a proposé d'écrire une chronique, publiée dans "la lettre", le bulletin d'information trimestriel de Réseau D.E.S. France, adressé à l'ensemble des adhérents.

Vous pourrez davantage faire connaissance avec Marie Darrieussecq en cliquant sur ce lien.



Bibliographie

1996 : Truismes(POL)
1998 : Naissance des fantômes (POL)
1999 : Le Mal de mer (POL)
1999 : Précisions sur les vagues (POL)
2001 : Bref séjour chez les vivants (POL)
2002 : Le Bébé (POL)
2003 : White (POL)
2004 : Claire dans la forêt suivi de Penthésilée, premier combat (Editions des Femmes)
2005 : Roman : Le Pays (POL)
2006 : Nouvelles : Zoo (POL)
2007 : Pièce de théâtre : Le Musée de la mer (POL)
2007 : Roman : Tom est mort (POL)
2008 : Traduction d'Ovide : Tristes Pontiques (POL)
2008 : Précisions sur les vagues (POL)
2009 : Théatre : Le Musée de la mer (POL)
2010 : Essai : Rapport de police (POL)
2011 : Roman : Clèves (POL)

Vous trouverez plus d'informations sur le site des éditions POL, comme sur celui des Editions des femmes.

Préface de l'ouvrage de Véronique Mahé

des mots...

« Le Distilbène est une histoire exemplaire des dérives de la modernité, quand le commerce et la science se mêlent de trop près. Mise au point après la guerre, cette hormone de synthèse était présentée comme la molécule miracle contre les fausses couches : le marché était donc énorme. Lorsqu’elle fut interdite aux États-Unis, les laboratoires en Europe ont continué à en vendre et les médecins à en prescrire : toxique d’un côté de l’Océan, mais bonne pour les femmes enceintes sur la mauvaise rive (…).
Je souhaite que le scandale du Distilbène soit un des éléments pour une réflexion d’ensemble sur ce que nous absorbons, mentalement et physiquement. La prudence n’a pas tant à voir avec le “principe de précaution” qu’avec l’étymologie du mot : sagesse, mesure, recul. »


Marie Darrieussecq

La chronique de Marie Darrieussecq, publiée en juin 2010 dans le n° 28 de la lettre, notre publication trimestrielle, est inspirée de la préface qu'elle a écrit pour ce livre.

Chroniques pour Réseau D.E.S. France

Voici les chroniques que Marie Darrieussecq nous a proposé d'écrire pour La Lettre, notre publication trimestrielle adressée à nos adhérents.

Dans le numéro 32, de juin 2011 :

Le 23 mars, ma fille aînée étant un peu malade j’ai pris ma journée et me suis retrouvée à regarder Les Maternelles pour la première fois depuis longtemps. Cette émission des Maternelles m’a tenu une compagnie précieuse, le matin, à 9h, quand toute la maison était partie au travail ou à l’école, et que ma longue journée de femme distilbène enceinte commençait. Je serai restée alitée en tout 22 mois de ma vie, presque deux ans, pour mes quatre grossesses, dont l’une s’est terminée par une fausse couche. J’ai trois enfants vivants et en bonne santé, et celui qui n’est pas né, j’y pense souvent, comme beaucoup d’entre nous.

L’émission concernait justement les grossesses allongées. Un obstétricien du nom d’Yves Ville tenait un discours a priori raisonnable, contre l’alitement. J’ai déjà entendu ce discours : l’alitement ne protégerait de rien, il ne préviendrait pas les accouchements prématurés. Il est entièrement néfaste, moralement et physiquement : fonte musculaire, mal de dos, risque de thrombose voire d’embolie pulmonaire. L’utérus, disait l’obstétricien, est un muscle vivant, naturellement contractile. En cas de contractions qui prennent un tour irréversible, on alite 48h les dames (c’était son mot) dans le but de leur administrer des médicaments puissants. Les contractions s’arrêtent et la vie reprend un cours normal, avec juste une réduction d’activités. Il insistait sur le fait que les médecins doivent arrêter les dames car on ne peut pas compter sur les employeurs pour être compréhensifs. Mais la vie, ensuite, doit être vécue normalement.

Déjà, je ne suis pas une « dame », mais une femme. De plus, dans mon cas les médicaments puissants n’ont pas agi en 48h : la première fois il a fallu trois semaines pour éviter le pire (accouchement à 32 semaines), et pour ma deuxième grossesse, cerclée, on me les a administrés pendant 15 jours sans grand succès (accouchement à 33 semaines). Pour ma troisième grossesse, strictement allongée dès le début du troisième mois (à partir du cerclage), j’ai accouché quasiment à terme et j’ai échappé à l’hospitalisation. Je ne dis pas que je suis un cas d’école, je dis que ma petite expérience m’a montré les bienfaits de l’alitement et aussi les rudes effets secondaires des médicaments anti-contractions, qui n’ont rien d’anodin (cœur constamment à cent à l’heure, essoufflement, bras brûlés par les perfusions, etc.)

Jamais le mot de Distilbène® n’a été prononcé pendant l’émission, mais on y parlait de malformations utérines qui l’évoquaient fortement. Je suis bien d’accord avec le Docteur Ville que l’alitement prolongé présente de très nombreux voire dangereux inconvénients. Mais dans l’état actuel des choses, je ne vois pas de meilleur principe de précaution pour nous, « filles Distilbène® », quand nous parvenons enfin à être enceinte, pour garder nos précieux bébés.


Dans le numéro 31, d'avril 2011 :

L’association est entrée dans une nouvelle phase, un seuil, qui s’opère en même temps qu’une phase de transition de l’opinion. L’extraordinaire travail d’alerte fait par le Dr Irène Frachon sur le Médiator a réveillé les esprits : les laboratoires pharmaceutiques avaient déjà une réputation désastreuse, il est maintenant officiel qu’ils sont prêt à tout pour le profit, y compris à entraîner des centaines voire des milliers de morts. Dans la case « effets indésirables », il aurait fallu indiquer « arrêt cardiaque » pour le Médiator. Dans celle du Distilbène, il aurait fallu écrire « cancer, malformations génitales, stérilité, accouchements prématurés ».

Nous, victimes du DES, avons sans doute des sentiments ambivalents face au « succès » du scandale du Médiator. Les journalistes savent moins bien rendre compte de nos morts, moins immédiatement sensationnels. Il a fallu des années de procès pour établir le lien entre cancer et Distilbène, et les effets du DES sont en général à tellement long terme (deux voire trois générations) que nos drames prennent « trop » de temps. Une hormone qui agit sur le fœtus et dont les effets se voient vingt ou trente ou quarante ans après ? Des enfants handicapés suite à leur naissance prématurée ? Des cancers du sein chez la mère ? Du vagin et du col de l’utérus et peut-être du sein chez la fille ? Des malformations de la verge ? Des articles médicaux qui prévenaient du danger dès les années 60 ? Une hormone interdite en 1970 en Amérique, mais commercialisée jusqu’au début des années 80 en France ? Et qui se nommait distilbène, DES, diéthystil… ?

Nous avons toutes et tous étés confrontés à la difficulté de RACONTER le distilbène. Complexité et durée du problème, ampleur du déni, et aussi une certaine pudeur quant aux effets sur nos corps, l’équation DES est moins frappante, moins facilement appréhendable par le public et les médias, que celle du « Mediator = mort ». Combien de morts faut-il pour être entendu(e)s ? Quand les associations ont commencé à donner l’alerte sur le distilbène, l’époque était aussi moins mûre pour protester contre ce type de scandale. Les pouvoirs publics également. Souhaitons que le terrible Mediator puisse servir de « scandale générique ». Il faudra tourner la page du Distilbène, mais elle ne sera pas tournée par le seul effet du temps qui passe. Le combat continue, jusqu’à ce que justice soit faite.

Dans le numéro 29, de septembre 2010 :

Un jour le fœtus sort de votre ventre – dans le monde insouciant on dit qu’il naît. Il ou elle a crié. Vous ne saviez pas qu’il ou elle avait déjà une voix. On lui donne une chance. Le tout petit corps est équipé de tubes, de tuyaux, d’électrodes et de fils dont vous vous dites qu’ils pèsent plus lourd que lui.

Vous vous apercevez que c’est un bébé. Vous le nommez. Vous devenez parents devant une couveuse. Vous vous mettez à adorer la médecine. Ou bien vous haïssez les médecins, vous n’en pouvez plus des puéricultrices, des techniciens des bébés.

Vous surveillez les engins. Vous vivez au rythme des pulsations cardiaques, du taux d’oxygène, de la vitesse des perfusions.

On le pique sans cesse.

Il perd quelques grammes de poids chaque jour. Ou il se remplit d’eau. Il est tout mou et plein d’eau. Vous faites des rêves de noyade.

De tout le couloir de la maternité, vous êtes la seule à ne pas avoir de berceau dans votre chambre.

Votre compagnon reprend le travail. Vous entrez dans une routine. Vous savez vous équiper de la blouse et du masque, mettre les sur-chaussures et le bonnet, vous désinfecter les mains. Vous connaissez les infirmières et les puéricultrices par leur prénom. Vous avez un peu peur de la pédiatre en chef. Le temps se compte en heures et il est arrêté.

Ou bien vous désertez. Le service de néo-natalité vous téléphone, vous dit qu’il ou elle a besoin de vous. Vous voudriez n’être jamais tombée enceinte.

Cela fait deux mois qu’il est dans sa couveuse. Vous lui chantez des chansons jour et nuit. Vous passez votre vie en sur-chaussures. Vous attrapez une mycose aux orteils.

On vous propose une chambre juste au dessus, à la maternité, ou à côté, dans la Maison des parents. Il y a de la place en ce moment. Vous avez l’air tellement fatiguée.

Ou bien on vous reçoit mal. On vous empêche de le prendre dans vos bras. Vous avez lu que c’est bon pour son développement ? C’est surtout bon pour vous. Lui, ça le fatigue. Et ça gène le service.

Vous désespérez d’avoir la permission de l’allaiter. Vous n’osez même pas en parler. Ou on fait subir tellement de tests à votre lait avant de l’injecter dans la sonde gastrique, que vous vous dites qu’il n’est pas bon, ce lait. Que vous pourriez l’empoisonner.

On vous demande ce que vous avez fait pour qu’il soit si prématuré, cet enfant.

Vous dites « distilbène » et bien souvent, le membre du corps médical auquel vous vous adressez vous regarde comme si vous étiez folle, ou une emmerdeuse en puissance. Au pire, vous êtes une ennemie.

(Cette chronique est inspirée d’un extrait de la préface que j’écris pour le livre de Véronique Mahé, qui sortira en novembre chez Albin Michel)


Dans le numéro 28, de Juin 2010 :

Nous, les "filles Distilbène®", nous avons un utérus petit. Un utérus normal est de la taille d’une grosse prune (m’avait dit un obstétricien), avec une cavité centrale en forme de triangle, et un ourlet marqué, un long repli comme un fermoir de sac : le col. Un "utérus Distilbène®" serait plutôt du genre cerise, avec un tout petit loquet avant le vagin : ce col effacé, timide, qui va poser problème pour tenir une grossesse. Quant à la cavité, elle est en forme de n’importe quoi.

Le corps médical dit de l’utérus « typiquement Distilbène® » qu’il est en forme de T ou en Y. Mais cette image ne me convainc pas. Ces lettres sont symétriques, elle pourraient tenir géométriquement dans le cercle que Vinci trace autour du corps humain (masculin) : les bras et les jambes y rayonnent en harmonie comme un alphabet universel. Les "filles Distilbène®", du côté de leur utérus, ce n’est pas ça du tout.

Sur les radios des "utérus Distilbène®", on voit des sortes de tortillons, des scoubidous longs et fins, un bras plus court que l’autre. Des T ou des Y, si l’on veut, mais gribouillés par un enfant. Aucune trace d’un beau triangle, ni de franche cavité. Autour de son utérus biscornu, la "fille DES" a parfois le sentiment, des pieds à la tête, d’être elle-même entièrement biscornue.

Il m’est arrivé de survoler la Sibérie, pour me rendre au Japon. Tout était blanc, avec des fleuves noirs qui jetaient de multiples bras vers la mer. Ils formaient des deltas tortueux, des entrelacs, des écheveaux sombres qui se perdaient dans l’inconnu. C’est aussi cette image que je surimpose aux radios des "utérus DES".

Ces utérus singuliers peuvent pourtant porter des enfants. Pas toujours, mais souvent. Ils peuvent les porter, comme des bateaux, jusqu’au bout du fleuve ou un peu en amont. Nous pouvons aussi les aimer, et même en être fières : ces utérus mal fichus, qui font tout leur possible.


Dans le numéro 27, de mars 2010 :

L’enfant qui vient de naître est dans la couveuse. La « fille Distilbène® » ne sait pas si elle peut se laisser aller à être mère. Elle est devenue mère, malgré tout. Mais l’enfant est né trop tôt. Il est né avant 32 semaines. Toute sa grossesse, allongée, elle s’est fixée sur ce chiffre : 32. Le nombre de semaines où statistiquement, le risque vital est moins grand, parce que l’enfant respire sans assistance. 32 semaines : le calcul propre aux femmes enceintes était pour elle chargé d’angoisse. Chaque jour compte, se répétait-elle. Plus que toute autre femme enceinte, elle visualisait l’enfant dans son ventre, mais d’une façon presque détachée : organe par organe. On lui a d’ailleurs injecté de la cortisone pour accélérer la maturation des poumons. Et elle rêvait d’un bébé qui respire seul, un bébé lancé dans la vie, autonome, comme un bateau détaché de son amarre !

La "fille Distilbène®" ne s’autorise à se penser mère que plusieurs semaines, parfois plusieurs mois après la naissance de l’enfant prématuré : quand elle le tient dans ses bras, costaud, réel, quand il est bien vivant, à la maison. Alive and kicking, disent les Anglais. Pendant la grossesse, cet enfant reste une possibilité, un espoir, jamais un acquis. S’attacher ? L’amour maternel est souvent vécu comme un risque psychique par la "fille Distilbène®". Son ventre s’arrondit, mais elle préfère, parfois, ne pas y penser. Elle est allongée, elle sent l’enfant bouger dans son ventre, elle n’a que cette grossesse en tête ; pourtant y croire lui paraît dangereux, outrecuidant, prématuré. C’est ainsi que la fille distilbène aura tendance à penser sa grossesse presque comme une fin en soi, ou une maladie dont il faut voir le bout. Fortement médicalisée, elle pensera cerclage, anesthésie, Spasfon®, Loxen®, Salbutamol®, matérialité forcée de sa vie, nombre de pas jusqu’aux toilettes, mal de dos, saignements, palpitations, crampes, abstinence sexuelle, patience du compagnon... Le bébé, elle le tiendra mentalement à distance. Elle l’appellera par exemple « le fœtus ». Elle ne voudra pas, par superstition, penser aux prénoms ou même s’enquérir de son sexe.

Les années ont passé. L’enfant a grandi. Il va bien (ou pas toujours). La "fille Distilbène®", devenue mère malgré tout, a oublié les noms des médicaments qu’elle prenait. Mais pas cette grossesse, et pas ces moments-là, devant la couveuse, ces moments répétés qui ont fini par ne faire qu’un seul long temps : ce temps où être mère n’avait rien de certain.

Dans le numéro 26, de décembre 2009 :

Avec notre corps malmené, nos utérus biscornus, nos traces physiques et psychiques, nous avons toutes des parcours différents, nous les « filles Distilbène® » (je parlerai une autre fois des hommes). Nous sommes toutes uniques dans notre corps, notre tête et notre vie. Ce qui nous réunit, cet accident de vie d’avoir été exposées au Distilbène®, est aussi ce qui nous différencie : chacune réagit à sa façon, et aucune vie ne ressemble à une autre.

J’insiste sur ce point parce que la tentation est grande de se comparer les unes aux autres. Or les problèmes liés au Distilbène® sont toujours vécus par une personne particulière dans un corps singulier.

Je me souviens de la première personne qui m’a parlé du Distilbène® : c’était dans un train, j’avais vingt ans. Elle m’a dit que je n’aurais jamais d’enfant, comme elle. C’était une femme d’une quarantaine d’années. Elle avait tout essayé, et elle m’a parlé avec une sorte de rage contenue de ses fausses couches et curetages (j’entendais ce mot horrible pour la première fois). Jusque-là j’avais soigneusement fait l’autruche et évité de penser au mauvais pronostic lié au Distilbène® (j’avais 14 ans lorsque j’ai été informée pour la première fois). Cette femme, dans ce train, m’a d’une certaine façon obligée à affronter le problème et à chercher d’autres informations. Mais elle m’a aussi projetée dans un abîme d’angoisse, sans prendre aucune précaution pour atténuer l’effet de son récit ; comme si elle se vengeait de son destin sur une plus jeune qu’elle, en cherchant plus ou moins consciemment à m’ôter tout espoir.

Or, si j’ai eu mon lot de difficultés et de douleur dans ce parcours privé qu’est celui du Distilbène®, j’ai fini par avoir trois enfants, tous aujourd’hui en bonne santé. Je voudrais qu’au contraire de cette femme dans le train, ce soit un signe d’espoir pour les autres. L’information que nous avons reçue à un moment ou à un autre de notre vie, cette « annonce » que nous allions avoir un certain type de problèmes, nous a souvent été donnée par une autre femme et pas toujours avec des mots choisis. Aujourd’hui, ce rôle des « mauvaises fées » est parfois tenu par Internet. Il est normal que ce soit précisément les femmes ayant vécu les parcours les plus difficiles qui aient besoin de le raconter sur différents forums. Peut-être le bonheur est-il plus silencieux ? En tous cas évitez de vous comparer en lisant sur Internet : même sous l’influence pénible du Distilbène®, votre vie, comme votre ventre, n’est qu’à vous.

Actions dans les médias

Dès que Marie Darrieussecq est invitée à une émission elle saisit l’opportunité de parler du DES et de l’association, si le sujet le permet. Ci-dessous quelques exemples...

2010 : France 5, Radio France International, Dernières Nouvelles d'Alsace...

8 novembre 2010 : France 5, Magazine de la Santé
16 novembre 2010 : RFI, Priorité Santé
4 décembre 2010 : interview aux Dernières Nouvelles d'Alsace : « Le distilbène est l'un des fantômes de mes livres »

2007 : Paris Match, France Culture...

PARIS MATCH - 21 juin 2007
Marie Darrieussecq a témoigné dans le dossier "Distilbène® : les nouvelles menaces" écrit par la journaliste Mariana Grépinet.

FRANCE CULTURE - 5 septembre 2007
Télérama / France Culture, parmi les 10 livres de leur sélection « rentrée littéraire », ont retenu le dernier roman de Marie Darrieussecq : « Tom est mort », édité chez POL.
Invitée aux matins de France Culture, (7h 30-9 h) le mercredi 5 septembre, par Catherine Clément, elle a eu l’occasion d’expliquer qu’elle est la marraine de notre association, ce qu’est le Distilbène et ses conséquences.

2005 : FRANCE 2 , le 28 octobre chez L. RUQUIER.
A cette occasion Marie Darrieussecq a parlé de son livre "Le Pays" et du DES.

2007 : Exposition d'art contemporain sur le thème du médicament

Boite géante de médicament

Marie Darrieussecq a collaboré avec Jeanne Susplugas, artiste plasticienne, qui a réalisé une exposition d’art contemporain ayant pour thème « le médicament ».

Jeanne Susplugas crée des boites de médicaments géantes, à l’intérieur desquelles on peut entendre un texte écrit par Marie et dit par elle avec deux comédiens.

Pour voir le travail de Jeanne Susplugas, vous pouvez aller visiter son site : www.susplugas.com

Cette exposition s'est tenue en 2007 à Troyes. Afin de vous faire voyager tous et toutes en lecture nous avons pensé qu’il vous serait agréable de pouvoir en lire un extrait en imaginant l’expo.


F1 : Hier j’ai appris un nouveau mot : iatrogène. J’ai regardé sur Internet, Iatros c’est le médecin, en grec. Iatrogène ça veut dire : tomber malade à cause du médecin. La maladie causée par le médecin.

H : Un comble.

F2 : Ca me fait penser à la sagesse de ma grand-mère, tu sais : « moins je vois les médecins, mieux je me porte ». Quand j’étais petite je trouvais ça d’une logique imparable.

F1 : Alors que c’est juste une inversion de propositions : « mieux je me porte, moins je vois les médecins ».

F2 : J’ai une amie en Angleterre, elle a tellement peur des médecins, et de l’hôpital, qu’elle a décidé d’avoir tous ses enfants chez elle, à la maison. Elle met une toile cirée sur le lit, elle appelle la sage-femme, et en avant ! Je lui demande : mais s’il y a un problème ? A combien es-tu de l’hôpital le plus proche ? Et elle me répond : voilà bien une réflexion de Française. J’attraperai moins de maladie en restant chez moi, et on ne va pas intuber mon bébé ou le laver dès la naissance avec des détergents ou lui coller des antibiotiques par principe de précaution.

F1 : Nosocomial c’est pas tout à fait iatrogène. Nosocomial c’est ce qui s’attrape à l’hôpital. Iatrogène c’est la maladie de l’ordonnance, la maladie des soins apportés par le médecin.
- THYROIDE lyophilisée 40 - 3 ampoules par jour.
- LESPÉNÉPHRYL - 3 par jour
- HYDERGINE - 3 fois trente gouttes.
- THIOMUCASE - 3 comprimés.
- CYCLADIÈNE 500 - 1 comprimé 20 jours par mois.
- TORÉCAN - 3 comprimés par jour.
- BÉPANTHÈNE - 3 comprimés par jour
- CYSTINE BAILLEUL - 3 cachets par jour
- ÉQUANIL 500 -1 comprimé ou 1 DORMOPAN
- CORAMINE FRUCTOSE - 2 à 4
- ASPIRINE VIT. C - 2 à 4 comprimés par jour.
- DÉSOCORT auriculaire.
C’est l’ordonnance qu’on a trouvée sur la table de chevet de ma grand-mère, avant sa disparition.
H : Sa mort ?
F1 : Non, sa disparition. On ne l’a jamais revue. Soit ça l’a rendue invisible, tout ces médicaments, ou ça l’a dissoute dans l’air, ou alors elle est partie refaire sa vie, je ne sais pas.
H : « Ne pas nuire », c’est un des premiers commandements dans le serment d’Hippocrate.

Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivant : je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion.

F1 : ça a de la gueule.

F2 : La Callas, elle prenait du Mandrax pour dormir, elle en est morte.

F1 : Ca s’appelle un suicide.

H : On ne sait pas.

F1 : Et ma mère, elle a pris du distilbène. Sur ordonnance du médecin. Elle était enceinte de moi. Le distilbène, c’est thératogène. Thératos en grec, ça veut dire : le monstre. C’est un médicament qui crée des monstres. Des malformations, quoi. On m’a fait une hystérographie, on m’a dit : « à gauche un utérus normal, à droite le vôtre. » On aurait dit un Y tout penché, des tortillons de fil de fer. Je vous fais un dessin ?

Je n’aurai peut-être jamais d’enfants.

anomalies du col utérin et de l'utérus : petit utérus, anomalie morphologique, absence d’utérus, utérus à cavité double ou triple, col non rattaché à la cavité.
mauvaise vascularisation de l’utérus
insuffisance ovarienne précoce
grossesses extra-utérines fréquentes
quatre fois plus de fausses couches précoces ou tardives que dans la population générale
cancer du vagin et du col de l'utérus principalement chez des femmes jeunes
accouchement avec hémorragie de la délivrance
cancers du sein
et chez les garçons : hypospadias, cryptorchidie.

F2 : Iatrogène, iatrogène… On n’en entend pas beaucoup parler, hein ?

H : Il y a de gros enjeux, avec les labos.

F1 : Dans huit arrêts rendus le 21 décembre 2006, la Cour d'Appel de Versailles a rappelé que "malgré les doutes portant à la fois sur l'efficacité du Distilbène et sur son innocuité dont la littérature expérimentale faisait état, la société UCB PHARMA n'a pris aucune mesure alors qu'elle aurait dû agir même en présence de résultats discordants quant aux avantages et inconvénients".

F2 : Iatrogène, finalement, c’est les effets indésirables ?

F1 : C’est pas exactement ça.

H : C’est le laisser-faire du commerce ?

F1 : Ou la fatigue. La mélancolie.

F2 : L’autre jour la pédiatre m’a dit : « je ne sais pas ». Elle ne m’a pas donné d’ordonnance, elle n’a pas commandé d’examen, elle s’est renversé sur sa chaise et a fermé les yeux. Elle avait l’air très fatiguée. On aurait dit une héroïne, un peu genre Lara Croft, à la fin de sa journée de travail.

H : Moi dès que j’ai mal quelque part, je prends de l’aspirine. J’adore l’aspirine. C’est blanc, ça fait des bulles, on a l’impression de boire de la pureté au verre.

F1 : Hein ?

H : Oui, et ça a un bon goût, mi salé mi sucré. Si la veille tu as trop bu, ou pas assez dormi, ou que tu es de mauvaise humeur, ou barbouillé, c’est radical.

F2 : En fait tu en prends tous les matins.

F1 : Ma grand-mère me disait : « tu es blanche comme un cachet d’aspirine ». Elle disait aussi : une aspirine à faire du sang.

H : Effervescente, bien sûr, toujours. Si je n’en ai pas de l’effervescente, je préfère ne pas en prendre. Ce sont les bulles, qui me font du bien. C’est le champagne du matin.

F2 : On peut en mourir, de l’aspirine. Une overdose d’aspirine. C’est un anticoagulant, elle avait raison ta grand-mère. Il y a des suicides à l’aspirine.

H : Comme addiction il y a pire.

F2 : Moi je ne prends jamais de médicament.

H : tu prends la pilule.

F2 : C’est pas un médicament.

H : Première nouvelle.

F2 : ça ne soigne de rien.

F1 : Mais les médicaments, ça soigne pas forcément.

F2 : On dirait une pub. Une contre-pub. Genre « les antibiotiques, c’est pas automatique.»

H : En tous cas la pilule ça soigne d’avoir des bébés.

F2 : ça ne guérit pas forcément de l’envie d’en avoir.

H : C’est compliqué.

(pause)

L’autre jour j’entendais ce type, Yves Coppens, à la radio. C’est l’anthropologue qui a découvert le squelette de Lucy, notre ancêtre. Il disait, à ce que j’ai compris : l’espèce humaine a trouvé un équilibre entre la position debout et la nécessité de se reproduire. C’est une histoire de largeur de bassin. Il faut qu’il soit étroit pour se tenir debout, et large pour accoucher. L’humanité marche sur un fil. Une vache, à quatre pattes, accouche facilement, et apparemment sans trop de souffrance. Les femmes, elles, ont le bassin de plus en plus étroit. Dans quelques siècles, peut-être, si cette évolution perdure, les femmes ne pourront plus accoucher que par césarienne.

F1 : On veut toutes entrer dans des jeans riquiqui.

F2 : C’est comme les canines. Comme on ne déchire plus de viande avec les dents, les canines régressent. Il paraît que de plus en plus d’enfants naissent sans canine.

(F1 : Hier j’ai appris un nouveau mot…)

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