Témoignages : Petites-filles DES

Le témoignage d’Anna, « petite-fille DES » néerlandaise

28 avril 2026

Nous publions un témoignage diffusé dans les colonnes du journal DES News et sur le site de nos amies des Pays-Bas : descentrum.nl. Nous les remercions de nous avoir autorisés à en relayer ici la traduction.

Pour la première fois dans DES News, l’histoire d’une « petite-fille DES ».
Le fait qu’il n’y ait à ce jour aucune conséquence médicale pour les « petites-filles DES » ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas d’impact sur leur vie. Nous espérons que l’histoire d’Anna montre qu’il n’est pas étrange que les « petits-enfants DES » puissent également être affectés émotionnellement par le DES… et qu’ils peuvent avoir besoin d’en parler avec d’autres personnes.

Le terme « petite-fille DES » me concerne et j’aimerais expliquer comment le DES affecte ma vie jusqu’à aujourd’hui.

Pendant longtemps, j’ai agi bizarrement lorsqu’il s’agissait d’avoir des enfants, parfois je pense que ma sœur et moi avons hérité d’une peur inexprimée autour du sujet de la maternité. J’avais parfois l’impression d’être une étrangère lorsqu’il s’agissait de parler d’enfants.

Tant de copines avaient un désir évident d’avoir des enfants, elles pouvaient aussi en parler avec tant de légèreté. J’en étais furieuse ! Je
n’avais aucune raison ou explication pour cette émotion intense. Mon amie m’a dit à un moment donné qu’il était temps d’en parler à un thérapeute. Au milieu de ma thérapie, j’ai vu le documentaire Du remède miracle au cauchemar, l’hormone DES*.

La tension et le chagrin de Suzanne face à la naissance prématurée de ses fils m’ont touchée si profondément que j’en ai été bouleversée. Soudain, il m’est apparu clairement qu’une grande partie de ma douleur provenait du passé de ma mère et de ma grand-mère, liés au DES.

Ça commence avec grand-mère

L’histoire commence avec ma grand-mère. Dans les années 1960, elle est enceinte trois fois. Ces trois grossesses se terminent prématurément.
Le premier fils naît mort, l’autre naît avant 20 semaines et n’est donc pas viable et son dernier fils ne vit que quelques heures. On lui déconseille une autre grossesse, mais lorsqu’elle retombe inopinément enceinte, on lui prescrit du DES et ma mère naît. Le lecteur se demandera peut-être comment ma grand- mère a pu vivre ces événements traumatisants, comment elle a pu leur donner une place, je ne le sais pas.

C’était un sujet dont elle ne pouvait et ne voulait pas parler. Elle n’a pu enterrer elle-même aucun de ses enfants. Plus tard, j’ai cherché avec ma mère s’il y avait des tombes, mais nous n’avons jamais pu en trouver.

Le début pour ma mère

Après la parution de publications sur le DES dans les années 1980, ma grand-mère emmène ma mère à l’hôpital. Elle est alors en pleine puberté et subit des examens qu’elle trouve très désagréables. Cependant, la peur de vivre des conséquences du DES, comme peut-être l’impossibilité d’avoir des enfants ou celle de développer un cancer, n’est pas évoquée chez elle.

Les grossesses de ma mère

Je pense que ma mère a toujours ressenti la perte de ses trois frères comme un nuage sombre au-dessus de la famille. Je pense que c’est inconsciemment une des raisons pour lesquelles elle a commencé à avoir des enfants si tôt : pour soulager le chagrin de sa mère en lui donnant des petits-enfants.

Ma mère a 21 ans lorsque je nais. La grossesse semble bien se dérouler au début, jusqu’à ce qu’elle commence à saigner abondamment à la quinzième semaine. Les médecins diagnostiquent une fausse couche, mais elle reste toujours enceinte, et je suis donc une jumelle. Elle doit garder la position allongée, prend heureusement des médicaments pour développer mes poumons, et je nais à 29 semaines de grossesse. L’accouchement se déroule dans la panique.

Mes premières semaines de vie sont particulières, empêchant tout envoi de faire-part de naissance.

Finalement, je suis autorisée à rentrer chez moi à la date prévue du terme. Quatre ans plus tard, ma sœur vient au monde avec une grossesse menée à terme. Cependant, cette grossesse n’est pas exempte de complications, et tout au long de celle-ci, ma mère est très anxieuse. Après la naissance de ma sœur, on lui déconseille de retomber enceinte.

La maternité pour moi

Le visionnage de ce documentaire m’a ouvert les yeux. Bien sûr, il y a beaucoup de choses dont je peux parler avec ma mère, mais parler de sentiments n’en fait pas partie. Cela m’a mise en colère, mais je me rends compte aujourd’hui que cela correspond à l’éducation qu’elle a reçue. Cela me fait parfois douter de ma capacité à faire de même avec un enfant.

Cependant, depuis que j’ai vu le documentaire et que j’ai suivi une thérapie, je me sens plus calme. Je peux même me permettre de penser qu’un jour, peut-être, je pourrai être mère.

Anna

* il s’agit d’un documentaire de 40 mn diffusé en 2012 sur la chaine de télévision publique NPO.

« Petits-enfants DES », exprimez-vous !

Appel à témoignage Petites-Filles DES 3ème génération

Le DES s’est malheureusement invité dans votre histoire familiale, comme peuvent l’avoir fait d’autres éléments de la vie de vos parents et grands-parents.

Une des remarques constantes que nous entendons de certaines personnes concernées, est qu’elles ne se sentent pas légitimes à témoigner de leur parcours, de leurs émotions, au motif qu’elles n’ont pas vécu les conséquences les plus dures de l’exposition au DES. C’est un sentiment exprimé tant par les « filles », que par les « fils DES » ; il est probablement ressenti également par des « petits-enfants DES ».

D’autres, peut-être, n’osent pas s’exprimer pour ne pas « en rajouter » au sein de leur famille.

Quelle que soit votre situation, nous vous invitons à témoigner, sous forme écrite ou d’enregistrement audio, pouvant devenir un podcast ou pour être saisi et publié dans La Lettre, ou sur notre site.

Pourquoi ?
Parce que raconter votre histoire peut être libérateur pour vous et votre partage peut libérer la parole d’un ou d’une autre.
Et parce que tous les « parcours DES » méritent de sortir du silence.

Nous vous attendons. Merci