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Marie Darrieussecq sur France Inter, à réécouter ! “Ecrire, c’est comme respirer l’air ou boire de l’eau, je n’ai pas le choix”

23 octobre 2017

Elle aime la liberté du métier d’écrivain et les possibles de l’écriture. Sans littérature, sans l’écriture dit-elle, elle serait morte.

Au fil de l’émission, Marie Darrieussecq a évoqué le Distilbène et le fait qu’elle est Marraine de notre Association (à partir de 44’50 du début de l’émission).

https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-atelier/le-grand-atelier-22-octobre-2017

Une de ses invités était Jeanne Susplugas, artiste plasticienne. 

Boite Geante De Medicament Jeanne Susplugas Distilbene

En 2007, Marie Darrieussecq avait collaboré avec elle. Jeanne Susplugas avait créé des boites de médicaments géantes, à l’intérieur desquelles on pouvait entendre un texte écrit par Marie et dit par elle avec deux comédiens. Le DES y était évoqué. 

Cette exposition s’est tenue en 2007 à Troyes. Depuis, une vidéo a été tournée, avec ce texte. 

F1 : Hier j’ai appris un nouveau mot : iatrogène. J’ai regardé sur Internet, Iatros c’est le médecin, en grec. Iatrogène ça veut dire : tomber malade à cause du médecin. La maladie causée par le médecin. 

H : Un comble. 

F2 : Ca me fait penser à la sagesse de ma grand-mère, tu sais : « moins je vois les médecins, mieux je me porte ». Quand j’étais petite je trouvais ça d’une logique imparable. 

F1 : Alors que c’est juste une inversion de propositions : « mieux je me porte, moins je vois les médecins ». 

F2 : J’ai une amie en Angleterre, elle a tellement peur des médecins, et de l’hôpital, qu’elle a décidé d’avoir tous ses enfants chez elle, à la maison. Elle met une toile cirée sur le lit, elle appelle la sage-femme, et en avant ! Je lui demande : mais s’il y a un problème ? A combien es-tu de l’hôpital le plus proche ? Et elle me répond : voilà bien une réflexion de Française. J’attraperai moins de maladie en restant chez moi, et on ne va pas intuber mon bébé ou le laver dès la naissance avec des détergents ou lui coller des antibiotiques par principe de précaution. 

F1 : Nosocomial c’est pas tout à fait iatrogène. Nosocomial c’est ce qui s’attrape à l’hôpital. Iatrogène c’est la maladie de l’ordonnance, la maladie des soins apportés par le médecin. 

  • THYROIDE lyophilisée 40 – 3 ampoules par jour.
  • LESPÉNÉPHRYL – 3 par jour
  • HYDERGINE – 3 fois trente gouttes.
  • THIOMUCASE – 3 comprimés.
  • CYCLADIÈNE 500 – 1 comprimé 20 jours par mois.
  • TORÉCAN – 3 comprimés par jour.
  • BÉPANTHÈNE – 3 comprimés par jour
  • CYSTINE BAILLEUL – 3 cachets par jour
  • ÉQUANIL 500 -1 comprimé ou 1 DORMOPAN
  • CORAMINE FRUCTOSE – 2 à 4
  • ASPIRINE VIT. C – 2 à 4 comprimés par jour.
  • DÉSOCORT auriculaire.

C’est l’ordonnance qu’on a trouvée sur la table de chevet de ma grand-mère, avant sa disparition. 

H : Sa mort ? 

F1 : Non, sa disparition. On ne l’a jamais revue. Soit ça l’a rendue invisible, tout ces médicaments, ou ça l’a dissoute dans l’air, ou alors elle est partie refaire sa vie, je ne sais pas. 

H : « Ne pas nuire », c’est un des premiers commandements dans le serment d’Hippocrate. 

Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivant : je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. 

F1 : ça a de la gueule. 

F2 : La Callas, elle prenait du Mandrax pour dormir, elle en est morte. 

F1 : Ca s’appelle un suicide. 

H : On ne sait pas. 

F1 : Et ma mère, elle a pris du distilbène. Sur ordonnance du médecin. Elle était enceinte de moi. Le distilbène, c’est thératogène. Thératos en grec, ça veut dire : le monstre. C’est un médicament qui crée des monstres. Des malformations, quoi. On m’a fait une hystérographie, on m’a dit : « à gauche un utérus normal, à droite le vôtre. » On aurait dit un Y tout penché, des tortillons de fil de fer. Je vous fais un dessin ? 

Je n’aurai peut-être jamais d’enfants. 

  • anomalies du col utérin et de l’utérus : petit utérus, anomalie morphologique, absence d’utérus, utérus à cavité double ou triple, col non rattaché à la cavité. 
  • mauvaise vascularisation de l’utérus
  • insuffisance ovarienne précoce
  • grossesses extra-utérines fréquentes 
  • quatre fois plus de fausses couches précoces ou tardives que dans la population générale
  • cancer du vagin et du col de l’utérus principalement chez des femmes jeunes
  • accouchement avec hémorragie de la délivrance
  • cancers du sein
  • et chez les garçons : hypospadias, cryptorchidie

F2 : Iatrogène, iatrogène… On n’en entend pas beaucoup parler, hein ? 

H : Il y a de gros enjeux, avec les labos.

F1 : Dans huit arrêts rendus le 21 décembre 2006, la Cour d’Appel de Versailles a rappelé que “malgré les doutes portant à la fois sur l’efficacité du Distilbène et sur son innocuité dont la littérature expérimentale faisait état, la société UCB PHARMA n’a pris aucune mesure alors qu’elle aurait dû agir même en présence de résultats discordants quant aux avantages et inconvénients”. 

F2 : Iatrogène, finalement, c’est les effets indésirables ? 

F1 : C’est pas exactement ça. 

H : C’est le laisser-faire du commerce ?  

F1 : Ou la fatigue. La mélancolie. 

F2 : L’autre jour la pédiatre m’a dit : « je ne sais pas ». Elle ne m’a pas donné d’ordonnance, elle n’a pas commandé d’examen, elle s’est renversé sur sa chaise et a fermé les yeux. Elle avait l’air très fatiguée. On aurait dit une héroïne, un peu genre Lara Croft, à la fin de sa journée de travail. 

H : Moi dès que j’ai mal quelque part, je prends de l’aspirine. J’adore l’aspirine. C’est blanc, ça fait des bulles, on a l’impression de boire de la pureté au verre. 

F1 : Hein ? 

H : Oui, et ça a un bon goût, mi salé mi sucré. Si la veille tu as trop bu, ou pas assez dormi, ou que tu es de mauvaise humeur, ou barbouillé, c’est radical. 

F2 : En fait tu en prends tous les matins. 

F1 : Ma grand-mère me disait : « tu es blanche comme un cachet d’aspirine ». Elle disait aussi : une aspirine à faire du sang. 

H : Effervescente, bien sûr, toujours. Si je n’en ai pas de l’effervescente, je préfère ne pas en prendre. Ce sont les bulles, qui me font du bien. C’est le champagne du matin. 

F2 : On peut en mourir, de l’aspirine. Une overdose d’aspirine. C’est un anticoagulant, elle avait raison ta grand-mère. Il y a des suicides à l’aspirine. 

H : Comme addiction il y a pire. 

F2 : Moi je ne prends jamais de médicament. 

H : tu prends la pilule. 

F2 : C’est pas un médicament. 

H : Première nouvelle. 

F2 : ça ne soigne de rien. 

F1 : Mais les médicaments, ça soigne pas forcément. 

F2 : On dirait une pub. Une contre-pub. Genre « les antibiotiques, c’est pas automatique.»

H : En tous cas la pilule ça soigne d’avoir des bébés. 

F2 : ça ne guérit pas forcément de l’envie d’en avoir. 

H : C’est compliqué. 

(pause)

L’autre jour j’entendais ce type, Yves Coppens, à la radio. C’est l’anthropologue qui a découvert le squelette de Lucy, notre ancêtre. Il disait, à ce que j’ai compris : l’espèce humaine a trouvé un équilibre entre la position debout et la nécessité de se reproduire. C’est une histoire de largeur de bassin. Il faut qu’il soit étroit pour se tenir debout, et large pour accoucher. L’humanité marche sur un fil. Une vache, à quatre pattes, accouche facilement, et apparemment sans trop de souffrance. Les femmes, elles, ont le bassin de plus en plus étroit. Dans quelques siècles, peut-être, si cette évolution perdure, les femmes ne pourront plus accoucher que par césarienne. 

F1 : On veut toutes entrer dans des jeans riquiqui. 

F2 : C’est comme les canines. Comme on ne déchire plus de viande avec les dents, les canines régressent. Il paraît que de plus en plus d’enfants naissent sans canine. 

(F1 : Hier j’ai appris un nouveau mot…)

Pour voir le travail de Jeanne Susplugas, vous pouvez aller visiter son site : www.susplugas.com